Menteurs “patriotes”, déguerpissez !

George Orwell ne croyait pas si bien dire quand il estimait au début du XXe siècle que « la politique, par sa nature même, implique violence et mensonge ». On peut en être sûr, la maxime ne vieillira pas de sitôt, à l’allure où va la politique politicienne ivoirienne, qui voit tous les camps mener leurs combats – les plus respectables ou les plus sots – par la voie royale de la propagande mensongère.

Relative au camp Ouattara, on ne s’en émeut plus vraiment. Mais que vaut, à l’opposé, l’attitude de la “galaxie patriotique”, cette nébuleuse qui a bradé la sacralité de son combat depuis belle lurette et s’est muée en un mouvement essentiellement constitué de mystificateurs bavards, couards et corrompus ? Au vu des méthodes les plus abjectes que certains de ses membres ont décidé d’emprunter, on se demande bien sur quelle base on devrait leur conférer, à eux, plus de respect qu’on ne donne aux barbouzes qui tiennent actuellement le pouvoir en otage.

En effet, les bribes éparses qui restent des fins manipulateurs qui ont conduit, à l’aide de sermons blasphématoires, des milliers de jeunes Ivoiriens à l’abattoir de mars-avril dernier, sont celles qui, de leur exil douloureux, appellent aujourd’hui le peu de jeunesse ivoirienne qui a échappé à la dozolation des quartiers d’Abidjan à “résister”… au risque de se voir à nouveau pris pour cibles par les casques bleus et bérets tricolores.

Bien sûr, la résistance en elle-même est plus que nécessaire. Sauf que tout ce projet se mène avec la plus grande lâcheté, comme hier, où certains grands leaders patriotiques avaient pris la poudre d’escampette bien avant que les engins de mort convoyés par la France n’aient atteint le port d’Abidjan. Ces faits sont récents et en temps opportun, la séparation entre bon grain et ivraie se fera. Mais dans l’esprit anesthésié des endoctrinés, cet épisode n’a jamais été. Alors on entretient la fibre “patriotique” par tous les moyens : inventions, fictions, machinations, bref, une véritable pornographie de communication des plus vulgaires qui sous-informe, mal-informe et finalement désinforme quotidiennement, en corrompant le véritable activisme panafricain.

Quelle belle preuve de patriotisme ! Quelle belle méthode que le travesti pitoyable, par exemple, du cas Hermann Aboa ! Si l’on s’en tient aux « alertes ! alertes ! alertes ! » qui circulent sur nombres de réseaux sociaux, on croirait que le pauvre journaliste, incarcéré en toute illégalité et accablé de crimes fantaisistes, est enfermé dans un trou à rat, plongé dans le noir et ligoté comme un mouton prêt à être égorgé le jour de la Tabaski. Mensonge ! Certes, notre cher confrère est un prisonnier injustement détenu dans le bagne flambant neuf qu’est la Maison d’Arrêt et de Correction d’Abidjan. Mais selon nos sources, il reçoit quand même trois repas au quotidien, a des contacts fréquents avec sa famille, et ne végète pas dans une cellule ténébreuse en attendant sa pitance hebdomadaire. Tels sont les faits, bêtement vérifiables… tout comme le sont d’ailleurs ceux relatifs aux prisonniers de Boundiali.

A leur sujet, si l’on s’en tient au brouhaha propulsé sur la toile par certains “révolutionnaires” électroniques, le Premier Ministre Aké N’gbo, ses ministres et ceux des proches de Laurent Gbagbo qui ont eu la bien mauvaise idée de faire confiance à la soldatesque onusienne concernant leur sécurité, sont enfermés dans des enclos, dix par cellule, comme des esclaves de Gorée prêts à être convoyés outre-Atlantique sur des négriers. Là encore, mensonge ! Ces personnes sont certes illégalement détenues. Mais certaines indiscrétions font état de ce qu’elles survivent dans des conditions bien meilleures que celles qui nous sont décrites par les guignols de l’info auxquels les populations apportent du crédit, naïvement, sans jamais se poser les vraies questions. En fait, il semblerait même que leur détention donne presqu’envie à n’importe quel voyou en garde à vue à Clichy-sous-Bois ou à Abobo Té : contacts réguliers avec leurs familles, moral positif rigolant de vacances au “village”, connexion de base à Internet par biais de smartphones et même quelques rares visites privées !

Absurdités ? Suppositions ? Infiltration d’un certain D’Almeida qui ne sait pas de quoi il parle ? Les invectives ignorantes des pauvres “résistants” tellement assommés par le “régner pour mieux diviser” de Ouattara, qu’ils se sont résolus à devenir les vecteurs des fantasmes mensongers de quelques-uns, ne changeront rien à la réalité que tous ceux qui s’en sentent capables peuvent porter en investigation. D’où la question : pourquoi, au nom de la lutte, faut-il régulièrement inventer des sérénades sans têtes ni queues afin d’incriminer un camp déjà criminel en l’état ? Pourquoi faut-il, vu l’urgence d’une cause, engager une propagande mensongère infecte en même temps que l’on condamne celle du camp d’en face ? Sait-on que par cette méthode, on inquiète inutilement tous les Africains déjà suffisamment inquiets du sort réservé à Laurent Gbagbo et à ses collaborateurs ? Est-ce qu’on se préoccupe des conséquences de ce que l’on transmet comme faits établis aux populations ?

Certainement pas. Car l’approche avait déjà été testée durant la crise postélectorale, pendant que la rébellion exécutait sommairement sa défiguration progressive du pays. A cette époque, à peine un ou deux critiques avaient sonné l’alarme de l’inutilité de la propagande mensongère qui prévalait au sein de la “galaxie patriotique” et qui était encouragée par certains conseillers de Gbagbo. Seulement, la falsification de la vérité n‘a fait que prospérer depuis. On se souvient encore des polémiques entre chef-propagandistes ouattaristes et gbagboistes sur le sort de Blé Goudé, relayées à la seconde près par tout ce qu’il y avait de “patriotes”. Le poker menteur était alors de rigueur avec en sus, cette déclaration inoubliable: « Charles Blé Goudé a été torturé, maltraité, et les coups ont touché des organes vitaux. Nous lançons un message au CICR pour qu’il soit pris en charge en tant que prisonnier de guerre. C’est une question d’heures ». Toussaint-plement. Avant que l’on se rebiffe pitoyablement en prétextant d’un piratage de compte Facebook et qu’on se la joue mollo au moment de la “résurrection” d’un “général” mieux nourri que jamais…

Pourtant, malgré la pléthore d’exemples de ce type – notamment des photos et vidéos aucunement liées à la Côte d’Ivoire mais servant de “preuves” qui se baladent jusqu’au Sénat américain et affaiblissent la mission combien importante du sénateur James Inhofe – les “patriotes” ivoiriens refusent de tirer les leçons qui s’imposent. Et en dépit de l’intense douleur du 11 avril, en dépit de l’omerta des médias mainstream sur les crimes commis par Ouattarakozy, en dépit des conséquences les plus désastreuses de cette machine à démolir et à terroriser, certains de leurs responsables propagent ci et là fictions après fictions qui, à terme, amènent à s’interroger sur la légitimité de leur prétendu engagement : serait-ce possible, finalement, qu’ils soient eux-mêmes les “infiltrés” qu’ils prétendent dénicher quotidiennement ?

On finira bien par le savoir car, comme le rappelle Alexandru Vlahuta, « La vérité attend. Seul le mensonge est pressé ». Mais pour l’heure, combien d’Ivoiriens continuent de prendre au sérieux ces charognards qui s’exhibent en ligne et dans certains organes de presse bleus, abusant de la confiance que leur vouent les masses sincèrement outrées des dérives ouattaristes ? La question reste posée. Avec, en prime, le rappel suivant : l’intox en continu n’aura pas empêché que le 11 avril n’advienne… Aussi, maintenant plus que jamais, menteurs “patriotiques”, déguerpissez ! Et laissez le combat de la vraie liberté s’organiser… en vérité, en vérité !

Alain Toussaint et Charles Blé Goudé

October 31, 2011