Lâches Africains !

Tant que les Africains continueront de faire de la lâcheté leur trait de caractère distinctif, absolument rien n’empêchera la triste prolifération des coups d’État militaires qui s’enchaînent depuis plus de cinq décennies dans leurs pays.

Arrêtez là si vous pensez que les politiques seront l’objet principal de ce pamphlet : nous nous adressons à vous tous, Africains d’origine, de sang ou d’intérêts, qui prétendez vous offusquer des récents coups d’État militaires au Mali et en Guinée-Bissau, comme si ces renversements étaient descendus de nulle part, ébranlant les capitales africaines avec une puissance séismique que l’être humain ne peut contrôler.

Que non ! Un coup d’État, qu’est-ce que c’est, finalement ? La destitution brutale et généralement sanglante d’un gouvernement légal ? La volonté farouche d’un groupe de corps habillés prétendument clairvoyants qui désirent remettre leur pays sur les rails ? L’influence malsaine des chapelles politiques occidentales désireuses d’imposer un asservissement durable ? Surement. Mais un coup d’État, c’est surtout la démonstration la plus saisissante de la lâcheté d’une communauté citoyenne devant le non-respect des lois qui régissent sa propre vie en société. Un coup d’État, c’est l’applaudissement joyeux ou silencieux d’une frange plus ou moins large d’administrés devant un désordre que la plupart ont fini par accepter comme fatalité. Un coup d’État, c’est tout simplement un exercice de lâcheté.

Bien sûr, en Afrique, tout le monde s’en plaint ! Tout le monde… particulièrement cette majorité qui se livre à toutes sortes d’élucubrations idéologiques partisanes et subjectives afin de les justifier. Or, un coup d’État est un coup d’État, un point, deux traits. À savoir, une tragédie politico-sociale que rien, absolument rien ne devrait pouvoir défendre, même quand il s’agit de voir échoir un homme d’État transcendant comme l’inoubliable Thomas Sankara !

Seulement, bon nombre d’Africains, blottis derrière leurs clichés favoris – « pauvre Afrique ! » ; « l’Afrique ne changera jamais ! » ; etc. – font montre d’un hypocrite agacement facile à déceler derrière leurs larmes de sauriens. Généralement, celui-ci précède l’expression de leur “devoir citoyen” qui s’en va donner un crédit “démocratique” à des putschistes en veston devenus éligibles à la suite de coups d’État avortés ou non.

L’exemple ivoirien, comme d’habitude, en dit long sur la question. En novembre 2010 s’est tenu le second tour d’une présidentielle qui n’a pas fini de livrer tous ses secrets mais qui, au moins, avait ce qui suit de limpide : d’un côté, un président-candidat arrivé au pouvoir en 2000 dans des conditions certes « calamiteuses » mais non consécutives à un coup d’État militaire ; d’un autre côté, un candidat soutenu par une rébellion armée menée par un assortiment de dozos, déserteurs et autres chiens de guerre ouest-africains se réclamant ouvertement de lui, dont les chefs – encore appelés “sauveurs” dans le jargon rebelle – ont été promus, dix ans plus tard, au rang de colonel dans la nouvelle armée “républicaine” (heureuse coïncidence, n’est-ce pas ? ).

Alors question : si vous, chers fanfarons, ne voyez aucun mal à ce qu’une tentative de coup d’État devenue rébellion armée puisse déboucher sur un contentieux électoral suivi d’une guerre, pourquoi donc, dans le même temps, prétendez-vous avoir mal à votre côte africaine à la vue d’un troupeau de bidasses maliens et guinéens pérorant devant les caméras de leurs télévisions nationales la dissolution des  institutions de leur pays ?

En réalité, vous n’avez mal à rien du tout ! Vous ne faites strictement rien d’autre que prétendre avoir mal, afin de passer pour les fiers Africains que votre taux de mélanine annonce, mais que votre conduite dément. Si vous n’aviez qu’une seule cellule antithétique à la notion de coups d’État militaires, eh bien, un nommé Alassane Dramane Ouattara, peu importe son pedigree, son parcours professionnel, son projet de société et la déception – somme toute compréhensible – que vous a suscité la Refondation, n’aurait jamais été plébiscité par la moitié minoritaire ou majoritaire – peu importe ! – de l’électorat ivoirien.

Alors, pourquoi, finalement, se donner tant de mal ? Pourquoi engager de longues réflexions “constructives” censées poser le problème du grand et complexe “coup d’État africain” en analysant les facteurs endogènes et exogènes qui ont facilité l’exécution de plus de quatre-vingt (80) renversements plus ou moins sanglants sur le continent depuis 1960 ? Les Africains jouent à se mentir au lieu de faire simple : ils pourraient juste s’enorgueillir des putschs qui prolifèrent sans totalement dégoûter leurs populations, puisqu’il se trouve toujours quelques-unes qui n’ont même pas le courage de s’indigner du principe même du coup d’État et de toutes ses déclinaisons.

Malaparte, expert de la technique du coup d’État, le disait bien : « quand on est lâche, il faut être lâche jusqu’au bout ». Ce qui signifie in fine que quand on s’offusque, il faut s’offusquer impartialement. Voici la case départ du processus d’endiguement de la gangrène sociétale appelée coup d’État : son reniement total, peu importe qui ou quoi prétend en fournir une explication rationnelle.

Cependant, grâce aux Africains bon teint capables d’approuver ou de condamner les dérives putschistes en fonction du leader politique à qui ils vouent leur adoration ou leurs répulsions, le mal demeure et n’est pas prêt de s’estomper. Au risque de faire oublier les règles du jeu soulignées par un président français maîtrisant son sujet : « Laissez la tyrannie régner sur un mètre carré, elle gagnera bientôt la surface de la terre ». Ne faut pas ensuite s’en offusquer et organiser des séminaires…

Lâches Africains !

April 16, 2012

  • Nathalie

    Bien dit! L’Africain fanfaronne beaucoup et bruyamment mais a une peur bleue de mourir, surtout pour ses idées. Par ailleurs, on est en phase comme d’hab’ sur la CI. Ci’après un extrait de LIDER News bouclé hier :-): “Guinée Bissau: La CEDEAO, qui s’est fendue d’un communiqué avertissant que «tout contentieux devra être réglé à travers les voies légales de recours prévues en la matière», n’a pas été entendue par les militaires, qui ont parachevé leur coup de force. Peut-on vraiment s’en étonner, alors que le président en exercice de la CEDEAO, Alassane Dramane Ouattara, a été lui-même installé au pouvoir en Côte d’Ivoire par l’intervention meurtrière d’armées étrangères qui ont causé la mort de plusieurs milliers de personnes, sans qu’une chance ne soit donnée à une résolution du litige postélectoral par des voies de recours juridiques et pacifiques?

  • Lopez Goly

    Les africains en majorité n’ont pas de principes. ils prétendent, surtout la plupart de ces intellectuels et politiciens corrompus et assoiffés de pouvoir, aimer la démocratie, mais aiment la contourner à leur guise. Du moment ou un coup de force les place au devant de la scène, ils trouveront tous les superlatifs pour le dédouaner. L’autre régime était dictatorial, ne respectait pas les droits de l’homme, n’aimait pas les élections, voulait rester au pouvoir. La France, se disant pays des liberté (n’importe quoi) se fourvoie par des superflus et aussi des incongruité empruntés par les africains intellectuels. Comment peut on appeler l’amée d’une rebellion, arme libre syrienne, les force nouvelles, les forces de liberation en libye. Une rebellion est une rebellion quelque soit le motif de sa creation. La haine de l’autre est une de nos plaies en Afrique. On se rejouit quand l’autre est dans la difficulté, même si sa chute est contraire à nos principes et ideologies. Tant qu’il y aura des presidents arrivés au pouvoir par coup d’etat, coup de force, renversement ou aidés par des armée etrangère, les coups d’état en afrique vivront, vivront. comme pour paraphraser un celèbre animation du pays mien, RFK. La negrerie des negriers, lhistoire ne s’invente, mais s’ecrit au passé.

    • On va nous accuser d’auto-flagellation mais le constat est sans appel, même s’il est vrai, également, que des sociétés autres qu’africaines connaissent des problèmes d’apathie similaire à ceux du continent noir. J’écoutais récemment une interview d’un intellectuel de Slovénie qui expliquait ce que les Slovènes pensent d’eux-mêmes : c’était incroyablement similaire de ce que certains Africains pensent de la lacheté africaine etc.  Comme quoi le mal n’est pas restreint à l’Afrique. Toutefois (et à ce niveau que je vous rejoins parfaitement), la classe intellectuelle africaine (j’ai envie de dire ivoirienne surtout, car ce n’est pas tout à fait le cas au Cameroun ou au Sénégal où la prise de cosncience est beaucoup plus forte) est franchement pathétique dans sa fluctuation en fonction des situations. Et pourtant ! Je maintiens qu’en dépit de la mainmise de l’Occident et de son financement des coups d’Etat en Afrique, si les populations africaines décident, dans un pays donné, qu’il n’y aura plus de coups d’Etat, ce sera la début de la fin. Mais c’est trop demander notamment en Côte d’Ivoire… Dommage…

      • Lopez Goly

        Mieux vaut être accuser d’auto flagellation que de participer au crime sans dire mot. Nous sommes victimes de notre silence coupable. Comment peut on décider la fin du début, si le début est haine, vengeance. Seul peut nous débarrasser des coups d’État en Afrique, l’amour de son prochaine, l’amour de son pays et surtout l’amour pour l’Afrique.

  • Julien Kouassi

    Je crois que le sujet ici traité, transcende la simple question du courage. Politique ou pas. Il y a aussi une grande partie d’éducation politique et d’éducation tout court. Quand on a une grande majorité de la population frappée d’analphabétisme, comment peut-elle jouer le role et accomplir le devoir de citoyen quand elle ne comprend rien au jeu politique et à son enjeu, l’idéologie et la philosophie des parties politiques? Beaucoup s’identifient à un parti politique sur la seule base d’une affinité ethnique, régionale, et si certains trouvent cela infondé, le rattrapage est là pour nous en convaincre. Et si l’on milite en fonction de la région et/ou de l’ethnie, il en sera des coups d’états, un moyen comme un autre, de parvenir au pouvoir et surtout un exhutoire des frustrations de certains. La conception d’état-nation est encore inexistant dans bien de nos pays. Un état fort est celui où la notion de nation prend le pas sur tout autre considération. La loi fondamentale alors reste le ciment de sa cohésion et de la vie de ses institutions qui scellent le vivre-ensemble. Mais quand la chose politique ou la quete et l’exercice du pouvoir reste la satisfaction exclusive d’une pétite élite politico-tribale, les masses se sentant déniées toute légitimité à s’invité dans ce débat où de toutes les façons leur avis ne comptera pas ou très peu. Qui a vu les manifestations monstres de protestation de la population durant la crise post-électorale à Abidjan? Pourtant les gens n’ont eu de cesse de manifester et marquer leur désapprobation. De l’autre coté, les appels à l’insurrection ou à la désobéissance civile, lancés depuis le Golf ne furent pas suvis de résultats probants. La guerre fut imposée comme seule option de résoudre une crise qui somme toute était créée de manière artificielle et à dessein. Je plainds ces populations qui subissent une oppression de plus en plus grande, qui n’ont meme pas le droit de s’exprimer. Liberté d’expression, principe sacro-saint de la “démocratie” pourtant baffouée avec l’accord des parrains occidentaux dont la France, pays prétendument des libertés et des droits de l’homme, à géométrie variable. Pour briser sa résistance, un ambargo impittoyable et inhumain, sur le pays fut imposé à toute la population, à l’exception notable de ceux qui vivaient au Golf, sur les produits comme cela ne s’était jamais vu: médicaments, essence,  transfert d’argent, banque. C’était une guerre totale, sans oublier les bombardements, les tuéries en tout genres, le pillage systématique, la pénurie vivres et de médicaments. De guerre lasse, le peuple otage s’est rendu, à l’exception de ceux qui par leur situation géographique ou ethnique s’estiment les nouveaux propriétaires, ayant meme tous les droits y compris celui d’oter la vie à qui ne pensent pas comme eux ou n’adore pas les nouveaux maitres. Et que dire d’un conseil constitutionnel qui valide l’élection de deux candidats qui se disputent le meme fauteil présidentiel, dans la meme élection, sans qu’on comprenne comment? 

  • Namo_trao

    PAS SÛR !!!!!!!!!!!! Actuellement en Côte d’Ivoire, il y a tentative de coup d’Etat contre le régime OUATTARA! Que pensent les pro GBAGBO ? Je sais déjà, justice de DIEU, il récolte ce qu’il a semé, il s’est installé par la force, son accession au pouvoir est douteuse … lool! Si tu viens de lire ces différentes justifications et que tu trouves l’une d’entre elles logique c’est que tu fais tout simplement partis de ceux qui encourage les coup d’Etat en Afrique, qui sont décris dans ce document. Je m’adresse à ceux d’entre les lecteurs qui se prononce sur le cas de la Côte d’Ivoire et qui assimile l’accession au pouvoir du dernier président à un coup d’Etat, soyez en sûr ce n’en est pas un! Nous y avons tous assister et savons que le résultat des urnes a donner un vainqueur et cela aux yeux du monde entier! ARRÊTEZ de vous voiler la face! Aujourd’hui le gouvernement fait fasse à des tentatives de coup de force qu’il se doit de maîtriser pour la stabilité du pays, pour un changement de mentalité dans ce pays! Se faire respecter en tant qu’autorité émane de la responsabilité de nos dirigeants pour que les coup d’Etat ne prospère pas il faut prendre des dispositions prévoyantes et intégrées pour tous nos états tant au niveau spécialement nationale( vigilance de l’armée, exclusion par les textes, système de sécurité de la présidence très bien établi, mise en place de services de renseignement nationaux efficace) qu’au niveau sous-régionale ( entretien de bonne relation avec le voisinage, mise en place de systèmes de sécurité fiables aux frontières, collaboration et bonne circulation de l’information entre Etat). CERTES LES MENTALITES doivent changer mais il faut AUSSI des MESURES QUI FACILITENT CELA ! ARRETONS de se maudire en tant qu’AFRICAIN ! TRAVAILLONS ET FAISONS CROITRE LE TAUX D’ALPHABETISATION DANS NOS PAYS, C’EST MIEUX AINSI………………….