FPI : kaput ?

Le Front populaire ivoirien (FPI), par la voix de son président Miaka Oureto, a encore frappé de son nombrilisme patenté et inscrit une énième preuve de son manque de vision au panthéon du bêtisier politique ivoirien.

En juin 2011, son refus de l’opposition avait justifié que la plupart de ses militants rejettent en bloc toutes les suggestions d’acceptation de la nouvelle donne politique ivoirienne, en refusant mordicus la notion même d’autocritique. On le disait à l’époque : il ne s’agissait pas de légitimer un pouvoir criminel qui, du reste, n’attend du FPI aucune légitimation. Il s’agissait simplement de développer une certaine maturité politique, capable de lire les nouveaux signaux, de s’adapter en conséquence et de mener une opposition pleinement consciente de ses responsabilités vis-à-vis du peuple. C’était le moins que l’on pouvait espérer de responsables politiques ayant passé une décennie au pouvoir, mais qui n’avaient jamais imaginé se voir déguerpir manu militari par la Force Licorne française.

Hélas, conscience de l’opposition il n’y a eu qu’épisodiquement. En lieu et place, un malaise troublant avait saisi Miaka Oureto en août 2011, celui-ci essayant sans trop de conviction d’expliquer à ses militants qu’ils devaient tous « saisir la main tendue » d’Alassane Ouattara qui « ouvrait son cœur » et proposait la réconciliation. La réponse ? Un refus bruyant, nourri d’une volonté de confrontation et atisé par des promesses annonçant que “bientôt, très bientôt”, le FPI (ce qui, dans le langage pro-Gbagbo signifie “la Côte d’Ivoire”) serait délivrer de la fournaise ardente.

Dans l’attente du miracle, cependant, le FPI avait amoindri les sorties apparemment trop “soft” de Miaka Oureto et les avait remplacé par celles plus musclées, plus ampoulées, plus “éclairées” de son secrétaire général, Laurent Akoun. Et les promesses de règlement de compte”, de « frémissement » et autres prophéties morbides s’étaient succédé quotidiennement, sous les applaudissements des “fiers résistants”.

Sauf que les coups de gueules n’eurent absolument aucun effet. D’une “victoire par l’absence” qu’il s’était attribué aux législatives de novembre 2011, le FPI avait fini par repasser le mégaphone à Miaka Oureto qui, comme pour amuser la galerie, avait requis une annulation du scrutin électoral, avant de s’en aller “recueillir les instructions” du Woody de La Haye.

C’est à la suite de cette visite et de son récent périple au bord de la Seine que Miaka Oureto a fait ce qui, finalement, était plus ou moins prévisible : un étalage grand format de sa maîtrise de l’art oratoire “refondé”, estampillé du sceau du bavardage populiste qui, tantôt, dénonce le rôle nauséabond joué par la France en Côte d’Ivoire, tantôt, explique, toute honte bue, que : « la France a toujours été notre partenaire. La France a toujours fait son devoir pour que la Côte d’Ivoire reste un Etat souverain… La France a toujours fait des recommandations dans le sens de la démocratie et de la paix en Côte d’Ivoire ».

Ni Mamadou Koulibaly, ni Gervais Coulibaly, ni Laurent Dona Fologo, ni aucun de tous les anciens proches de Laurent Gbagbo que ses partisans calomnient au gré de leur zèle “patriotique” n’ont autant fait preuve d’hypocrisie depuis le 11 avril 2011. Les théoriciens électroniques de la “traitrise”, qui ont déjà rédigé bien des chiffons sur la question, y perdent déjà de leur leste critique ou arguent de comparaisons farfelues, pour tenter de justifier à tout prix l’injustifiable. Miaka Oureto l’appelle « diplomatie politique » mais, en réalité, cette attitude est une forme policée de couardise qui n’est pas pour déplaire aux pro-Ouattara, déjà en train de s’esclaffer de ce qu’un vent d’hiver parisien peut faire d’un refondateur à la recherche de son pain quotidien.

Pourtant, il est fort à parier que la presse bleue essaiera, dans les jours prochains, de “nettoyer” les tartuferies de son cher président de parti (au lieu de les confronter courageusement), en définissant des frontières contextuelles poreuses, en explicitant une étymologie rocambolesque des vocables politiques et en énonçant une nouvelle stratégie “made in La Haye”, que l’on dira peaufinée par l’animal politique Laurent Gbagbo.

Vaine alchimie car, en fait, il n’en est absolument rien. Le FPI, comme il en est désormais devenu coutumier, navigue simplement à vue, incapable de développer une stratégie cohérente, logique et efficace qui s’oppose à la tyrannie ouattariste, sans faire la danse du ventre devant un quelconque fonctionnaire du Quai d’Orsay.

Aussi, la rupture entre la tutelle (et sa « diplomatie politique ») et la base (adepte du « no Gbagbo, no peace ») ressemble étrangement à un spectacle tauromachique : l’animal FPI, désorienté, éreinté après des rondes successives à courir la tête baissée dans le rouge, suffoque à la recherche de ses dernières bouffées d’oxygène avant que l’estocade du matador Ouattara lui transperce le garrot.

Si on n’en est pas encore là, on en est certainement proche ! C’est que « la recherche de la paix » dont parle Miaka Oureto aujourd’hui est seulement à l’ordre du jour parce que la méthode préférée, celle de l’entêtement et de l’irresponsabilité, a conduit tous ceux qui croyaient encore aux seules vertus de l’affrontement (comme moyen d’opposition) vers un constat tout simple : leur mouvement est chimère et vent. Même si jamais ils ne l’avoueront.

Pour l’heure, d’aucuns parleront de realpolitik pour dédouaner le reniement de soi signé Miaka Oureto. Eh bien, pourquoi pas ? Plus vivide cependant, est le déroulement de cette tragicomédie qui met en scène un parti politique traumatisé qui est passé, en dix mois, du manque de préparation, à l’obstination au refus de l’opposition et finalement à la capitulation. Ou qui y va tout droit, encouragé par ses militants. On lui souhaite bon vent.

Miaka Oureto

February 20, 2012

  • oh boy! la lumiere a encore frappe. apres nos freres qui sont de plus en plus sensibles a la lumiere de Mme Le Pen, voici qu’en pleine ville lumiere on se rend compte qu’il faut tendre la main pour renouer les liens avec ce partenaire qui a toujours fait son devoir pour que nous restions ce que nous sommes (“souverains”). by fear of the invisible wrath of the “resistance”, i will not say that this is pathetic. 

  • Mellers

    Le regime de Ouattara n’a en fait aucune d’autonomie, ce n’est (malheureusement) donc pas avec lui qu’il faut traiter des questions de démocratie . Alors, ce constat fait, il faut directement s’adresser aux parrains pour dire clairement à qui on a affaire. Maintenant, pour les propos assez tendres de Miaka Oureto, il faut avoir deux en tête pour les comprendre. La première est qu’on vient à une table de négociations dans un souffle de détente lorsqu’on veut vraiment obtenir des résultats effectifs. Et la-dessus on trouvera toujours à redire. La seconde est que lorsqu’on est un homme politique responsable, on se doit de “considéré” le sol sur lequel on a les pieds quand on ouvre la bouche. On parle avant tout devant un peuple, sur ses terres  et si on veut qu’il nous respecte, nous devons le respecter à notre tour. Car la France ne se réduit pas aux régimes politiques qui la représente; tous les français ne sont pas sarkosystes. Ca devrait portant être clair , mais bon..! Doit-on admettre qu’on ne pourra jamais se mettre au dessus de ces joutes aussi chronophage qu’ infertiles?  J’espère que non. Car nous devons cesser de ressembler a ce chasseur qui est plus préoccupé par le son que doit produire son fusil que par le gibier qui en est la cible. Il ne tient qu’à nous!

    • C’est bien ce que je disais : toutes sortes d’explications (plantées sous le parapluie de la realpolitik) sont d’ores et déjà proposées par les  militants FPI pour expliquer ce qui, en vérité, les choque tout aussi que moi. Mais supposons un instant que vous ayez raison et qu’il faille “faire la danse du ventre” afin d’aller de l’avant : pourquoi donc vous indigniez-vous quand d’autres reponsables du FPI, par le passé, disaient des choses beaucoup moins graves que celles que Miaka Oureto vient de prononcer ? 
      En outre, notez bien qu’il y a une grande différence entre engager un dialogue avec les autorités françaises et affirmer que la France a toujours travailer à la souveraineté de la Côte d’Ivoire. Non seulement c’est un mensonge pur et simple mais c’est surtout la preuve même que le FPI est kaput. Il ne sait plus où aller donc grogui, il y perd même sa dignité idéologique. C’est triste.

      • Mellers

        Merci de dire explications et non justifications. Assurément, je me serais gardé de telles expressions à sa place, mais j’insiste pour dire que ça ne marque pas la fin de la lutte pour autant et je m’oblige à ne pas faire abstraction du contexte. Comme on dit “le contexte  est plus fort que le(s) concept(s)”

      • onetouchman

        Peut être groggy mais pas Kaput

  • emmanuelli kouadio

    DU COQ A L“` ANE DE L`ESPRIT CE TEXTE  PLUTOT CE CHIFFON  N`EST CE PAS FABIEN D “ALMEIDA

    • Mahalia Nteby

      J’aurais plutôt tendance à dire que ce sont vos deux lignes de commentaire qui sont un chiffon. Les règles de bienséance stipulent que l’écriture en majuscules est synonyme de hurlement, donc votre mode d’expression est hors-sujet, tout comme le contenu de votre commentaire. Une critique sur le fond est trop difficile à faire, peut-être?

      Ce texte de Fabien d’Almeida fait mal à certains parce qu’il tient un miroir grossissant devant le visage du FPI et met en exergue le total égarement de ce parti et de beaucoup de ses militants. Cependant, je ferai ici une petite correction: Miaka Ouréto est parfaitement en phase avec lui-même: je rappelle quand même que c’est le même qui, en tant que président du FPI, était allé rendre visite à Bédié à Daoukro “pour mettre le FPI sous sa protection” et avait qualifié, à sa sortie, la libération de Gbagbo de “détail” dans les micros des radios et télés. C’est le même Miaka qui avait fait la promotion dudit Bédié, allant jusqu’à prendre la parole dans une conférence pour “soutenir la nomination de Bédié comme Prix Nobel de la paix”.  C’est le même qui, encore secrétaire général, lorsque Ouattara constituait son premier gouvernement légal et avait proposé 2 places au FPI, avait fait le forcing auprès de Mamadou Koulibaly, alors Président du parti, revienne sur son refus catégorique d’accepter que le FPI entre dans ce gouvernement RHDP. C’est le même Miaka Ouréto qui passe ses soirées chez Hamed Bakayoko à négocier un poste de ministre, n’importe lequel, même le strapontin de l’artisanat, pour combler sa frustration de n’avoir jamais été ministré par Gbagbo. Et même son appel du boycott des élections législatives est totalement cohérent avec ce qui précède, puisque qu’il procède d’un accord conclu entre Bakayoko et Miaka pour éviter la présence de l’opposition dans l’hémicycle et donner l’Assemblée nationale à Ouattara, qui peut dorénavant rentrer dans les clous et abandonner sans crainte son mode de gouvernement par ordonnance hors la loi.

      La cacophonie au FPI vient effectivement du fait que certains militants intégristes en sont encore à espérer un retour de Gbagbo au pouvoir, ce qui est une vision cauchemardesque pour Miaka Ouréto et beaucoup de pontes actuels du FPI 🙂 Des militants du FPI nous a dit lors d’une rencontre il y a quelques mois qu’ils étaient “égarés”. On a dépassé ce stade depuis. Le FPI est mort, ce qui est exactement ce que Gbagbo souhaitait initialement avant les élections et la raison pour laquelle il a créé LMP. Maintenant qu’il est emprisonné, il tente de récupérer la tête du parti pour pouvoir avoir un instrument de négociation avec le pouvoir en place, mais la politique de division interne qu’il a implémentée ces dernières années pour mieux régner et affaiblir qu’il ne maîtrisait plus comme il le souhaitait suite à la résistance des “intégristes des idéaux initiaux” autour de Mamadou Koulibaly qui ne toléraient pas les dérives et les arrangements officiels et souterrains avec la France et la rebellion, sa politique de division interne donc lui revient dans la figure, puisque la guerre des clans est déclarée entre ceux qui ont totalement oublié qu’il ne s’agit aujourd’hui ni de Gbagbo, ni de leurs poches, mais de l’avenir, de la sécurité et du bien-être des Ivoriens. Pitoyable.

  • emmanuelli kouadio

    FABIEN D`ALMEIDA VOUS FAITES DU COQ A L`ANE DE L“ESPRIT DANS CE CHIFFON MAIS SACHEZ QUE LE FPI SUIVRA SES METHODES QUI SONT LES SIENNES POUR ATTEINDRE SON OBJECTIF POURQUOI NE VOUS FOCALISEZ VOUS PAS VOS EFFORTS   SUR VOTRE PARTI LIDER QUI EN A CRUELLEMENT BESOIN QUE DE VENIR SONNER LA CLAIRONETTE AU FPI.

    • Je ne me focalise pas sur LIDER car je ne suis pas membre de LIDER, ni même militant, ni même sympathisant. Par contre, je note que les propos de Miaka Oureto, que vous sanctionnez par complaisance et parce que vous ne savez pas comment les justifier, démontre ntque le FPI est clairement à bout de souffle. 

  • Herve_ogou

    du verbiage…

  • onetouchman

    Franchement je dois avouer que que j’ai été fortement déçu des propos de Miaka Ouréto.Certes la diplomatie politique exiges un certain tact lorsqu’on s’exprime mais encore faudrait -il que les termes employés traduisent nos idées.Alors de deux choses l’une, soit ces propos ont été tenus pour contenter son interlocuteur,auquel cas l’intérêt de ses propos serait plus ou moins “admissible”, soit il le pensait réellement ce qui voudrait dire d’une part, que l’on s’est foutu du peuple et d’autre part que cela dé-crédibilise fortement le FPI , car avoir une attitude diplomatique ne revient à mon sens à renier ses convictions ou même à dire une chose et son contraire.De surcroît il y a tellement point sur lesquels ont peut faire les éloges de la France, je ne pense pas qu’il fût nécessaire que cela se fît sur cette question…
    Concernant la question de la mort du FPI je ne pense pas qu’elle soit à l’ordre du jour. La seule manière de tuer le FPI(de manière formelle) aujourd’hui serait l’interdiction de ses activités en Côte d’Ivoire,or  Allassane Ouattara n’ aura aucun  intérêt à ce que cela arrive ,mais plus loin  c’est la société ivoirienne toute entière qui devrait y veiller.
    Pour finir j’aimerais demander aux partisans de LIDER de s’occuper du pouvoir et non du FPI si tel est que c’est vraiment un parti d’opposition et non de revanchards.

    • J’adhère tant que la dernière phrase n’est pas censée parler de moi…