Plumes d’Or

Plumes d’Or aux 10 essais politiques (sur les 350 publiés sur notre plateforme) qui nous ont le plus séduits en 2011. Nous les commentons ici, par ordre chronologique, en excluant les nôtres afin que, pour une fois, charité bien ordonnée commence par autrui.

La folie d’une guerre sans gloire : à Laurent Gbagbo, Alassane Ouattara et Henri Konan BédiéWayourou Zadi-Pauyo (25 février 2011)

2011 retiendra que certains Ivoiriens ont essayé de prévenir les dégâts d’une guerre en Côte d’Ivoire, en appelant les citoyens à prendre leurs responsabilités. Exemple : ce puissant texte de Wayourou Zadi-Pauyo, qui dès sa publication sur Pensées Noires, a causé un véritable déferlement d’argumentations (notables pour leur diversité, leur qualité et leur politesse, ce qui n’est jamais gagné d’avance) que vous ne lirez malheureusement plus, notre plateforme s’étant définitivement séparée des commentaires Facebook. Néanmoins, la passion avec laquelle l’auteur accuse chacun des trois “grands” responsables politiques ivoiriens appelait surtout le peuple à entreprendre ce qui aurait certainement été une vraie révolution : dépasser les clivages partisans, dégager le trinôme président et sauver la nation. A terme, le courage populaire aura fait défaut, mais ce coup de gueule reste le point d’ancrage littéraire de l’avant 11 avril : sincère, profond, critique et poétique tout en un.

Les vraies raisons de la guerre de l’Occident contre la Libye et son impact en AfriqueJean-Paul Pougala (05 avril 2011)

Ce pamphlet (dans sa version originale, aussi bien que dans sa version entièrement revue, corrigée et complétée par Pensées Noires), a fait l’effet d’une bombe virtuelle tant son auteur, le camerounais Jean-Paul Pougala, a exposé certaines vérités peu connues du grand public qui ont illuminé les véritables enjeux de l’entreprise occidentale en Libye et les relations entre le pays de Kadhafi et le reste du continent africain. L’auteur, malgré quelques erreurs notables qui ont nourri plusieurs tentatives de “décrédibilisation” de l’essai (notamment sa référence à Adam Smith comme étant un économiste américain du XXe siècle, alors qu’il est un économiste écossais du XVIIIe), a malgré tout réussi un tour de force analytique annonciateur de la défiguration de la Libye et de l’extinction (?) du rêve d’émancipation africain.

OuattarakozyGilbert Collard (07 avril 2011)

Le célèbre avocat français ne s’est pas servi du dos de la cuillère pour attribuer le bourbier sociopolitique ivoirien à ses deux principaux architectes : Nicolas Sarkozy et Alassane Ouattara. Interrogeant l’Elysée sur le rôle qu’il ne peut/veut s’empêcher de mener en Afrique occidentale francophone cinquante ans après les “indépendances”, Gilbert Collard interpelle surtout le peuple français dans son ensemble, en l’amenant à questionner le “brillant démocrate” devenu, à coups de bombes françaises, chef d’Etat ivoirien. En 2011, la France de Sarkozy a rétabli la Françafrique et installé son homme de main au mépris de milliers de morts ivoiriens, mais à quel prix ? Réponse d’ici à 2020.

L’armée française ne gagne que contre les NègresMalick Noël Seck (22 avril 2011)

Armes lyriques au poing, le Sénégalais Malick Noël Seck crie tout son ras-le-bol de l’action impérialiste menée par la France en Côte d’Ivoire, en rappelant, à qui a des oreilles pour entendre, que les “Bleus” sont d’autant plus puissants en Afrique que les Africains sont eux-mêmes incapables de résistance sérieuse et organisée. Stigmatisant les nègres hypocrites cachés derrière leur petit confort occidental pour ne pas s’impliquer dans la défense de leurs propres patries, l’auteur démontre que l’engagement responsable et courageux des uns et des autres est porteur de liberté, tant que  les ambitions propres sont mises de côté et que les actes courageux suivent effectivement les “alertes de mobilisation” scandées à la volée. Un texte engagé signé d’un activiste de premier ordre actuellement embastillé par Abdoulaye Wade.

Côte d’Ivoire : le piège d’une réconciliation facticeJean-David N’Da (26 avril 2011)

Publié deux semaines après le 11 avril, ce texte (le tout premier qu’un critique ivoirien ait rédigé sur la bouillante question de la réconciliation après la capture de Laurent Gbagbo) a été plagié aussi bien dans ses arguments de fond (par certains célèbres écrivains africains dont nous tairons les noms, temporairement, pour éviter toute polémique inutile), que dans sa forme (par certains blogueurs qui sont allés jusqu’à dupliquer tout bonnement le titre, pour booster leurs propres analyses). D’une acuité critique qui mérite lectures multiples pour en déceler toute la teneur, l’essai de Jean-David N’Da explore la question de la réconciliation dans son contexte géopolitique et historique, traçant un lien inattendu avec la colonisation (passée) et le développement (futur), en bannissant les prétentions de la méthode ouattariste et en prophétisant l’échec absolu d’un projet travesti par la mauvaise foi de ses concepteurs. Personne avant, ni depuis, n’a mieux décortiqué le sujet.

Côte d’Ivoire : crimes d’État, terreur totale et silence complice des médias françaisDavid Gakunzi (11 mai 2011)

Aucun essai n’a réussi, en 2011, à dépeindre toute la laideur caractéristique de l’action menée par Alassane Dramane Ouattara en Côte d’Ivoire. Brulant d’une “saine colère” dont Ségolène Royal serait fière, ce pamphlet signé David Gakunzi explique aussi bien à ceux qui savent (ou qui croient savoir), qu’à ceux qui ne savent strictement rien de l’histoire récente de la Côte d’Ivoire, qui Ouattara est, comment l’homme fonctionne et comment la France politique et médiatique est, en réalité, la première responsable du drame ivoirien. Le style cadencé de l’auteur se déploie à un rythme effréné, suivant la précision des obus qui ont mutilé la Côte d’Ivoire. Ouattara n’appréciera pas, mais Gakunzi l’invite à boire le calice de son propre machiavélisme et à contempler la potence politique que l’avenir lui délivrera, tôt ou tard.

J’ai entendu parler de Lumumba, mais j’ai vu GbagboMarjolaine Goué (18 juin 2011)

Si ce texte d’une pureté presqu’infantile a ému et continue d’émouvoir plus d’un lecteur (constituant, sans aucun doute, l’article sur la crise ivoirienne le plus lu, le plus partagé, le plus commenté mais aussi le plus “volé” par des sites, blogs et journaux sans vergogne, qui n’ont même pas eu – pour certains – la décence de rendre, ni à Marjolaine Goué, ni à Pensées Noires, le crédit qui leur est dû), c’est probablement parce que la simplicité et l’honnêteté de son auteur ont réussi ici ce que bon nombre d’apprentis-critiques virtuels ne réussiront jamais : apprécier l’action de Laurent Gbagbo sans faire de lui une déité. Marjolaine Goué ne donne aucune leçon mais, en guise de conclusion, elle propose une réflexion qui transcende l’hommage en lui-même : « Rien n’a vraiment changé et l’Afrique n’est pas encore sortie de l’auberge […] Car tant que certains de nos frères n’auront pas compris la noblesse de cette cause, ce rêve ne sera que la carotte qui fait avancer l’âne ». L’émotion a bondé, les larmes ont coulé, mais le message est-il réellement passé ?

La Côte d’Ivoire en marche… arrièreMaurice Koffi (27 juin 2011)

Cette synthèse critique de l’histoire politique de la Côte d’Ivoire, depuis l’avènement officiel du multipartisme en 1990, ne fait aucune concession à qui que ce soit (sauf peut-être, à Houphouët-Boigny), mais stigmatise plutôt l’action de tous les leaders politiques ivoiriens qui se sont succédés à la tête de l’Etat ivoirien. Sans faire dans l’autocensure partisane, Maurice Koffi constate simplement ce qui a été et ce qui est aujourd’hui et donne son propre verdict : tous, aussi bien la classe politique que la société civile ivoirienne, aussi bien le FPI que le PDCI et le RDR, sont coupables d’irresponsabilité notoire et de fuite en avant. C’est l’occasion d’une remise en cause générale, nécessaire à la création d’un cadre favorable à la sortie véritable de crise car, pour l’heure, la Côte d’Ivoire avance à reculons.

Naufrage d’une nationMahalia Ntéby (12 octobre 2011)

Publié sur Pensées Noires quatre ans après sa première parution, cette analyse reste le synopsis le plus profond et le plus précis de la gestion politique de Laurent Gbagbo sous la Refondation. Ecrit, non pas du point de vue de l’accusateur, mais de celui d’une “habituée” du cercle Gbagbo qui sait exactement de quoi elle parle, l’argument se joue des excuses longtemps avancées pour tenter de justifier l’injustifiable : Laurent Gbagbo a failli à sa mission nationaliste et panafricaniste, pas seulement à cause de la France, mais aussi et surtout à cause de son propre laxisme. Mahalia Ntéby décapite toutes les éventuelles contradictions qui n’ont d’autres destins que de s’enfermer dans la diabolisation de son auteur, mais en vain. Que ce soit en 2007, en 2011 ou en 2025, ce texte reste crédible pour quiconque veut comprendre ce qui s’est réellement passé entre l’espoir suscité par l’arrivée de Gbagbo au pouvoir en 2000… et le cauchemar qui s’en est suivi.

Libérer Laurent Gbagbo : entre vouloir, pouvoir et devoirJean-David N’Da (11 novembre 2011)

Cette analyse ambitieuse décortique le projet de “libération de Laurent Gbagbo” et expose, une à une, les limites des méthodes jusque-là avancées par ses partisans. Seulement, elle ne s’arrête pas là. Contrairement aux requêtes pauvres en propositions, Jean-David N’Da suggère et explicite une approche pratique qui pourrait servir de feuille de route permettant de faire d’une pierre deux coups : libérer Laurent Gbagbo mais, surtout, obtenir (aux forceps) la libération de la Côte d’Ivoire « de l’ogre françafricain ». Si d’aventure la “lutte” désire se responsabiliser, elle saura où trouver une ou deux idées susceptibles de la conduire à bon port, sans précipitation aucune. A défaut, cette analyse restera, à en croire un commentateur, signée du « meilleur politologue de sa génération ». You bet.

NB : Plumes d’Or décernées à tous ces critiques. Permettez, chers lecteurs, que nous prenions une pause (bien méritée ?) et que le Correctement Politique vous revienne le 16 janvier (sauf urgence politique majeure), reposé et revigoré. Heureuse année 2012 !

Plumes d'Or

December 31, 2011