Le Plan B

A l’embouchure des vociférations tumultueuses émanant des plus militaires des militants LMP et RHDP, s’inscrit en lettres capitales le besoin pour chacune de ces formations de s’interroger sur le seul point qu’elles se refusent : le Plan B.

Quel est le Plan B de la coalition de partis politiques qui forment le mouvement LMP ? Quel est le Plan B des tendances regroupées sous la bannière RHDP ? Quel est le Plan B des formations politiques ivoiriennes qui prétendent toutes conduire les Ivoiriens vers le meilleur que l’avenir leur réserve ? Et qui, pour se faire, investissent toutes leurs énergies dans le prolongement à l’infini de la carrière politique de leurs leaders du moment ?

Au FPI, au RDR, au PDCI, pense-t-on à un Plan B ? Envisage-t-on ne serait-ce que vaguement la nécessité de concevoir un Plan B ? Adhère-t-on ne serait que moyennement à la simple idée d’un plan B ? La réponse est un emphathique NON. Pas de Plan B. Peut-être même pas de plan du tout, encore moins un plan qui obligerait à sonder les véritables enjeux qui s’annoncent imprévus, aussi torrentiels que cet octobre ivoirien.

En Afrique francophone en général et en Côte d’Ivoire en particulier, les mouvements politiques sont rarement en train d’envisager leurs avenirs à la lumière de leur mortalité. Tout le monde se croit éternel ; tout le monde se croit destiné à assumer un destin des plus radieux ; tout le monde est convaincu que le soleil arrêtera sa course pendant quelques heures – ou quelques années ! – sur ordonnance d’un Josué propre au parti.

Triste logique. Dommage en effet que le militantisme politique à l’ivoirienne soit le fait de fanatiques ayant transformé leurs leaders en des sortes de demi-dieux dénués de péchés politiques, dénués de faiblesses, dénués finalement de mortalité. Qu’il s’agisse du FPI, du RDR ou du PDCI – les trois partis politiques les plus influents de l’histoire de la Côte d’Ivoire – personne n’envisage un seul instant que Laurent Gbagbo, Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié puissent être tout simplement incapables de poursuivre leurs carrières pour des causes aussi banales qu’un trébuchement sur une marche d’escalier ! Ou que ces personnes puissent être exténuées, épuisées, malades de la politique ivoirienne et de ses péripéties malsaines ! Ou encore que ces hommes puissent être tout simplement rappelés devant leur Créateur pour répondre de leurs responsabilités humaines ! Personne ne se dit qu’elles pourraient être écartées, volontairement ou non, de l’arène politique nationale. Créant à leur disparition même symbolique, un vide qu’il faudra bien combler.

Non. Aux yeux de leurs partisans les plus acharnés, LG, ADO et HKB sont des créatures politiques éternelles. Et dans le conscient de ceux dont le bout du nez est aussi lointain que Pluton, il ne se forge jamais l’idée de préparer un avenir au-delà du leader actuellement vêtu de ses apparats de “messie“.

Pourquoi ?

L’Afrique est culturellement disposée à répondre à l’appel de l’occidentalisation de sa vie politique par une réaction excessivement adulatrice de qui du peuple démontre le plus grand charisme. Dès cet instant, les chefs de partis deviennent des prophètes et les chefs d’Etats des sauveurs. Des irremplaçables. Des indétrônables. Le cadre naturel répondant aux lois de la pesanteur s’estompe alors… et on pénètre dans la matrice politique ivoirienne où trois super-héros baptisés Woody, Bravetchè et N’zuéba, aux aptitudes magiques et aux élans fantastiques, s’affrontent à mort, engageant dans leur combat des millions de partisans hypnotisés devant le spectre de leur puissance apparente. Plus qu’un rêve, c‘est une thérapie métaphysique fondée sur le manque d’éducation politique et le militantisme sur quatre roues motrices, à laquelle s’adonne inconsciemment la grande majorité de leurs inconditionnels. C’est aussi et surtout une attitude irresponsable et infecte qui refuse d’accorder une once d’humanité à des personnes qui doivent constamment se sentir épuiser d’avoir à soigner leurs images de super-héros – d’ailleurs largement entachée par leurs faiblesses étalées au grand jour.

Qui finalement de Laurent Gbagbo, d’Alassane Ouattara et d’Henri Konan Bédié – listés ici du plus goguenard au plus ennuyeux – vaut mieux que l’autre ? Quelle est la qualité la plus dommageable entre une légende brisée, un voyou patenté et un paresseux notoire ? Regardez-les s’agiter ! Ou plutôt regardez leurs partisans s’entredéchirer comme des salades avariées sur les questions les plus banales ! C’est le témoignage le plus vivifiant de l’incapacité de toutes ces personnalités à imposer le respect qu’elles croient pourtant mériter. Certains sont moins lucides que d’autres, certains sont plus frileux que d’autres, mais chacun de ces leaders, à sa façon, a fait de la Côte d’Ivoire une terre de désespoir, un naufrage, une pitrerie gigantesque où on ment comme on avale sa salive, où on crée des polémiques stupides, où on condamne sans relâches autrui, où on fabule, où invente des récits tragicomiques que l’on balance dans la presse endoctrinée, où on entretient dans le cœurs des populations un stress permanent, une colère en continu, un désespoir à nu.

Et volontairement ou non, chacun de ces super-héros porte sur lui la responsabilité d’avoir conduit des milliers d’Ivoiriens à l’abattoir. Mais en ont-ils seulement cure ? Ceux qui font leur “atalakus” à longueur de journée comme des deejays en quête d’un joint à fumer sont-ils seulement sûrs que nos “grands présidents” méritent leur offrande passionnée ?

Chère Côte d’Ivoire mourante, qui te guérira ? Tous les médecins le savent : les vrais remèdes s’attaquent non pas aux symptômes mais aux causes profondes d’un mal pernicieux. Soigner un paludisme à son stade terminal requiert un traitement intraveineux brutal, pas un simple cachet de Doliprane. Et les vrais médecins le savent, le corps Ivoire est gravement malade… mais encore récupérable. Où donc se trouve le traitement fondamental ? Où est la chimiothérapie qui brulera les lésions cancérigènes et exorcisera définitivement le spectre du politiquement insupportable ?

Ce remède est le Plan B. Le Plan B serait pour chacune des formations politiques de penser la Côte d’Ivoire de demain, celle où Gbagbo, Ouattara et Bédié seront des fonds d’écrans pales sur les ordinateurs de leurs supporters les plus endurants, quoique vivants ou décédés. On leur souhaite longue vie mais notre vraie préoccupation concerne l’avenir des tout-petits. Que leurs offrent-ils ? Ceux qui sacrifient leur présent pour des causes multiples, des plus sincères au franchement pathétiques, savent-ils qu’une nation se construit non pas autour d’un individu mais d’une communauté unie ? Qu’est-ce qui dans l’attitude du Laurent Gbagbo jusqueboutiste, du Ouattara pyromane ou du Bédié vindicatif mérite que des hommes et des femmes en âge de construire leur avenir mais croulant dans la misère et le dénuement, oublient tout et se livrent à des fanfaronnades électroniques quotidiennes, au nom de quelque liberté ou de quelque émergence ils prétendent vouloir atteindre ?

Le Plan B est celui que toute intelligence prépare, pense et rédige, car consciente d’un lendemain jamais garanti qu’on ne peut affronter sans planification préalable. Le Plan B est malheureusement celui que tout le monde évite pour ensuite implorer de la grâce divine un geste de consolation salvateur. Priez et criez autant que vous voulez et agissez ensuite en bons inconscients. On verra si le réveil sera « Côte d’Ivoire is back » ou « Côte d’Ivoire, c’est franchement pitiant ! ».

Laurent Gbagbo, Alassane Ouattara, Henri Konan Bédié

October 24, 2011

  • “Qu’est-ce qui dans l’attitude du Laurent Gbagbo jusqueboutiste, du Ouattara pyromane ou du Bédié vindicatif, mérite que des hommes et des femmes en âge de construire leur avenir mais croulant dans la misère et le dénuement, oublient tout et se livrent à des fanfaronnades électroniques quotidiennes, au nom de quelque liberté ou de quelque émergence ils prétendent vouloir atteindre?”Voilà bien résumé là ce que devrait être la question que tous les jeunes ivoiriennes notamment devraient se poser.Le drame Fabien,c’est que certains sont encore dans une sorte d’éblouissement qui anesthésie leur conscience.Quand des militants vont jusqu’à déifier leur leader en adorant une photo de lui (je l’ai vu sur facebook!),il y a de quoi désespérer.Les fanfaronnades électroniques quotidiennes ont malheureusement encore quelques beaux jours devant.Il faut espérer que la raison et la responsabilité citoyenne l’emporte sur l’irresponsabilité militante de chacun de nous.

    • J’avoue, Mohamed Radwan, que je n’ai pas grand espoir que les fanfaronnades électroniques quotidiennes s’amenuisent bientôt. Quand des soi-disant jeunes intellectuels ivoiriens sont justement les leaders desdites fanfaronnades et sont incapables de s’autocensurer afin de faire prospérer des idées salutaires pour le peuple dans son ensemble, mais qu’ils préfèrent s’enfermer dans des considérations purement partisanes sans avenir aucun (ce que nous avons appelé sur Pensées Noires un militantisme de tranchée), la CI est clairement mal barrée…

  • Tous les plans sont envisageables comme ce plan B dont vous parlez.Mais pour qu’il y ait un plan B, il faudrait avoir des hommes pour exécuter ce plan. voyons voir, lorsque le BRAVETCHE a dit en 1995 ”que la loi de mon pays ne me permet pas de me présenter”, qu’ont ils fait les jeunes cadres du RDR, si ce n’est que pleurnicher et dénoncer le tribalisme, l’ivoirité de N’ZUEBA. Or ils avaient la latitude de remplacer dignement le Docteur. première leçon, une jeunesse analphabète et versée dans l’idolâtrie, une jeunesse à la traine, qui pense qu’un PHD était le dernier des diplômes de ce monde, une jeunesse peureuse et fier de quémander sa pitance, sans vouloir la prendre et la mériter. Lorsque N’ZUEBA a été renversé par les jeunes gens, qu’ont ils fait ses adeptes, encore la même jeunesse pleurnichard, sans repère, sans idéologie, vociférée sur tous les toits de notre capitale à réclamer le trône de leur champion. ”notre élite” venait d’avoir une deuxième chance de passer le relais, mais rien n’y fit. le 11 avril, WOODY perd le pouvoir par la force ou par les urnes, peu importe, mais au lieu de savoir exister, cette branche de cette jeunesse dont la salive est comme un venin et la parole comme une épée affuté, se rue dans les brancards au lieu de prendre son destin en main. ils continuent de réclamer la libération de leur champion de farineur? ils pleurent, menacent, sans se remettre en cause, sans se faire une petite psychanalyse. La cote d’ivoire avec ses cadres et élites ont eu au moins trois fois la chance de tourner des pages sombres, mais n’ont pas su occuper l’espace. Une jeunesse qui se dit sacrifiée et dont l’auto flagellation est une vertu. Et comme la nature a horreur du vide, les trois mousquetaires occupent malgré eux (peut être) le vide laissé par nos intellectuels et jeunes cadres. De plus, pour être plus honnête, de quelle jeunesse parle t’on? qu’est ce qu’ils ont fait comme diplômes pour être des modèles les trois petits grands de nos trois grands rois. qu’a til fait comme étude mr SORO, mr BLE, mr KKB pour prétendre prendre une place qui leur revenait de plein militantisme aveugle et non de plain droit. le plan C même est déjà mal barré. que faut t’il faire alors? il faut supprimer carrément la fonction de président de la république, exiger des primaires dans chaque parti politique pour les législatives, les députés devraient avoir au moins un bac+4. pour la mairie, le diplôme n’est pas indispensable, mais pour être ministre d’un quelconque gouvernement, il faudra faire ces preuves et avoir au moins un bac+, chaque parti politique devrait avoir en son sein l’équilibre régional en ce qui concerne les hommes qui l’anime.

    • Je suis parfaitement d’accord avec votre analyse, Lopez Goly. Et nous ne cessons d’ailleurs de le dire sur Pensées Noires. La jeunesse ivoirienne ait coupable de servir d’appâts aux politiciens. Plus grave encore, l’élite intellectuelle (même minimale) de cette jeunesse est soit absente, soit elle-même tellement endoctrinée par les idéaux purement politiciens des partis qu’elle en perd son aptitude propre à réagir en conséquence. C’est ce que je dénonce ici comme étant un plan B inexistant de la part des partis, mais aussi et surtout, inexistant dans l’entendement politique des militants eux-mêmes. JDN fait une excellente et profonde analyse de ce point dans son argumentation sur la mesure de l’indignation en Afrique (http://bit.ly/qoRKII) qui mérite le détour. En ce qui concerne le plan C que vous proposez, je pense qu’il se tient. Je penche personnellement pour un système beaucoup plus proche de celui de la Grande-Bretagne qui inclurait dans la gestion des démembrements de l’Etat les chefferies locales, par zone ethniques (oui) car il vaut mieux faire avec ce qui est (la multiplicité ethnique) que tenter de lutter vainement contre elle. Mais il faut exécuter tout cela avec la sagesse idoine. Seulement l’emprise de la France politique sur le pays s’oppose à ce type d’idées. C’est donc dans la prise d conscience citoyenne que le principal combat réside.

  • Les partis politiques

    Le problème actuel des partis politiques est profond et difficilement réversible quelques soient les continents ou les pays.
    Ce qui a fait et rendu cohérent les partis politiques dans les siècles passés, c’est l’idéologie et une vision commune de la société à venir. La gauche, la droite, les républicains, les démocrates, le PDCI RDA, etc.……………..
    Actuellement nous sommes dans un vide idéologique !!!!!!!!!! Un trou noir sans conscience !!
    Nous avons connu l’idéologie capitaliste d’origine anglo-saxonne et l’idéologie marxiste d’origine allemande mais surtout mise en pratique en Russie et en Chine. Que l’on soit d’accord ou non sur la base et les principes de ces idéologies qui ont été le fonds de commerce de beaucoup de partis politiques avec des variantes plus ou moins démocratiques des deux bords, il faut reconnaître qu’elles ont été les éléments motivateurs des partis, pendant de longues années.
    La chute du mur de Berlin a consacré la fin du marxisme et du même coup libéré un capitalisme sauvage qui nous a amené à la ruine financière pure et simple du fait de ce que son idéologie apparaissait comme la seule valable puisque le contrepoids (marxiste) était enterré.
    L’homme, n’ayant de sagesse qu’après s’être brûlé les mains aux flammes de l’enfer, se retrouve sans idéologie, orphelin d’idées, d’intelligence et d’humanisme et cherche sa voie comme un enfant perdu.
    Les idéologies ayant disparu, les peuples se retrouvent avec des systèmes politiques qui cultivent le monopartisme sur le fonds : exemple : le PS et l’UMP en France, aux US cette pratique existe de façon chronique depuis le siècle dernier, de même en Grande Bretagne. Sur le continent africain, l’évolution s’est faite du parti unique vers le multipartisme qui n’en est pas un, car la personnalité du chef compte plus que l’idéologie profonde.
    En France, à l’aube de la présidentielle, seuls les extrêmes offrent une alternative mais le PS et l’UMP ont la même vision sur la politique étrangère et européenne du pays, sur la gestion financière, en fait le changement dans la continuité.
    En Côte d’Ivoire, avec l’arrestation du président GBAGBO, le pays est politiquement mort. Plus de candidats aux législatives, pas de vision politique des partis pour le pays, bref un vide idéologique augmenté par l’absence des chefs ou le non renouvellement de l’élite politique africaine.
    (à suivre)

    • Merci pour le cour magistral. Qui du militant et des cadres supposés de nos partis politiques savent ce que c’est qu’une idéologie. Comme vous l’avez si bien dit ”l’idéologie est à la politique ce que la foi est à la religion”. Posez la question à un cadre ou à un simple militant, pourquoi il milite dans ce parti politique, il vous donnera une réponse confuse et ambiguë.

    • Daniel Sory, vous touchez ici un point fondamental de la non-politique telle que pratiquée spécifiquement en Afrique. Effectivement, il y a un vide idéologique qui est renforcé par le fait qu’il n’y ait pratiquement jamais eu de pensée politique moderne purement africaine i.e émanant de l’intelligentsia africaine par elle-même et pour elle-même. Pas qu’il faille refaire le monde, mais il faudrait au monde pouvoir développer une idéologie politique moderne locale qui tienne compte des réalités du continent noir. Ce n’est pas le cas. Non seulement les élites adoptent les courants de pensée occidentaux sans jamais les interroger, mais en plus, ils les appliquent mal, aidées en cela par les forces néocolonialistes occultes. J’adhère aux propositions que vous faites en espérant que les uns et les autres y trouvent matière à réflexion. Mais j’ai mes doutes: la déification et l’antipathie à ce que Jean-David N’da appelle la libre-indignation (http://bit.ly/qoRKII) est le fondement de cette déification des leaders qui vient manifestement rendre encore plus inefficient, en Afrique, un système occidental déjà décadent. Merci pour la démonstration!