Ivoiriens de l’Onuci, vous avez du sang sur les mains !

Chers Onuciens (permettez-moi ce néologisme car vous parler requiert une terminologie appropriée),

Maintenant que la responsabilité de l’Onuci est clairement établie dans le cataclysme politique ivoirien – grâce à l’affairisme patenté de votre Young-Jin Choi que les livres d’histoire n’oublieront jamais – comment vous sentez-vous, vous Ivoiriens qui travaillez pour le compte de l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire ?

Coupables ? Responsables ? Fiers ? Indifférents ?

Pour mieux cerner votre comportement, permettez un instant que nous analysions les conditions de votre recrutement.

Votre chère mission s’est déployée en Côte d’Ivoire en mars 2004, suite à l’incapacité de la Minuci à gérer efficacement la guerre entamée depuis septembre 2002. C’est Laurent Gbagbo lui-même qui avait cru bon, en son temps, de vous faire appel pour aider à résoudre la crise militaire ivoirienne de façon pacifique. On le sait, vos médias tentent aujourd’hui un révisionnisme de circonstance ; mais vous savez bien que l’Onuci est née de la volonté – ou de la naïveté – de Laurent Gbagbo. En clair, vous lui devez votre carrière… mais nous y reviendrons.

Débarquant donc à Abidjan avec des moyens techniques et opérationnels particulièrement impressionnants, votre Onuci est rapidement devenue l’objectif numéro un d’une population majoritairement jeune, dont la crise clouait même les plus capables au pilori du chômage. Même ceux d’entre vous qui avaient déjà un emploi enviaient d’une façon ou d’une autre le mieux-vivre apparent qu’offrait une position dans l’appareil onusien. Après tout, l’Onuci n’était-elle pas la voie royale vers une carrière internationale ? C’était en tout cas le fantasme entretenu par vos premières recrues qui roucoulaient à qui voulait entendre les débouchés alléchants qui leur étaient prévus. Et les recrutements se furent, séparant d’un côté, votre staff international, payé à prix d’or et déambulant les rues abidjanaises dans les fameuses 4×4 estampillées “UN”, et vous autres, Onuciens, membres du staff national, moins luxueusement entretenus mais très convenablement rémunérés quand comparés à vos semblables dans les entreprises ivoiriennes.

La machine s’est donc lancée faisant des jaloux dans toute la cité. Et c’est cette machine, dotée d’un budget de six cent millions de dollars américains pour votre seule première année qui a inauguré ce qui est devenu, six ans plus tard, le branle-bas électoral et la guerre meurtrière de 2010-2011.

Comment donc vous sentez-vous aujourd’hui, chers Onuciens ? L’on comprend aisément que pour les besoins de votre pain quotidien, il vaut mieux que vous soyez sourds et muets aux larges dérives de votre “mission de paix”. Mais de là à vous nier en tant que citoyens, tout de même !

Pour certains d’entre vous, l’Hôtel Sebroko est carrément devenu une seconde patrie. Pourtant, sous le régime Gbagbo, votre attitude était celle de l’équilibriste tentant un numéro entre la Rue Princesse et la Rue Lepic. A la convoitise que la présentation de votre badge orné des fameux rameaux suscitait, s’opposaient des consignes officielles qui vous suggéraient de faire profil bas et de ne pas vous aventurer là où il ne fallait. A vrai dire, vous convenez que toutes ces précautions ne servaient à rien : même à Yopougon, fief de l’ex “galaxie patriotique”, l’importance du statut onusien valait bien une amitié intéressée…

Aujourd’hui, votre dilemme ne se pose plus en ces termes. La Refondation écartée, Laurent Gbagbo embastillé, les “jeunes patriotes” froidement assassinés, vous Onuciens êtes plus libres que jamais de vos mouvements. Pourtant, vous semblez être réticents à parader aux côtés de votre contingent Bengladeshi dans les rues d’Abidjan. Pourquoi ? Serait-ce que vous appliquez scrupuleusement les consignes sécuritaires promulguées par vos spécialistes maison ? Ou serait-ce que quelquepart, dans son subconscient, même le plus avide des anti-Gbagbo parmi vous, se pose la question de savoir s’il a trahi sa nation ?

C’est vrai que la question mérite réflexion ! Vous semblez ignorer tout de votre responsabilité personnelle dans l’enlisement de la crise ivoirienne. Bien plus amoureux de votre job que de votre patrie, vous vous activez tous les jours au travail qui aide à la destruction de votre pays. Quelle hypocrisie ! Vos oscillations d’hier entre Sebroko et “la Sorbonne” ont déjà prouvé leurs limites. Et les graves dommages que vos tracteurs aident à balayer ne recouvriront jamais assez les milliers de vie humaines perdues par la faute du système de recolonisation auquel vous appartenez.

Bien sûr, il est toujours plus facile d’aboyer avec les loups l’irresponsabilité des politiciens LMP et d’acclamer les interventions musclées de votre soldatesque “de la paix”. Mais d’une façon ou d’une autre, chaque courrier électronique tapé de la main d’une Onucienne, chaque flash d’information mensonger diffusé sur Onuci FM, chaque franc CFA gagné au prix du silence complice de la haine, est taché du sang de vos compatriotes ivoiriens.

Oui, vous avez du sang sur les mains !

Sous le régime de Vichy en France, on appelait vos semblables des “collabos” ; des personnes qui pour pouvoir vivre de la solde allemande, mentaient, trahissaient et sacrifiaient les leurs quotidiennement. On sait le sort que l’Histoire leur a réservé. On se demande ce qu’il adviendra de vous, Onuciens bien-aimés.

Pour ma part, je vous souhaite une belle et longue carrière à continuer de faire de la Côte d’Ivoire un tombeau à ciel ouvert. Merci Laurent Gbagbo d’avoir donné du travail à quelques centaines d’Ivoiriens qui te l’ont rendu façon Onuci. Quelle est votre prochaine mission, chers Onuciens, quelles sont les récompenses de vos fumisteries ? Dans l’attente, je vous prie d’agréer mon amitié… et tout mon mépris.

Young Jin-Choi de l'Onuci

September 6, 2011